Dans l'attente d'obtenir les actes du colloque "L'homme et l'animal, vers un conflit de civilisation ?" nous en reproduisons, ci-après, un résumé de Pierre Guillard qui nous a été transmis par le Secrétaire Général de l'Observatoire National des Cultures Taurines :

 

L’Observatoire National des Cultures Taurines (ONCT) avec le soutien de l’Union des Villes Taurines Françaises (UVTF) a organisé le 4 octobre 2016 au palais du Luxembourg, un colloque intitulé « L’Homme et les animaux : vers un conflit de civilisation ? », inauguré par le président du Sénat, Gérard Larcher, et parrainé par le sénateur des Landes, Jean-Louis Carrère, représenté par la sénatrice des Landes, Danielle Michel.

La plaquette de présentation du colloque élaborée par l’ONCT, débutait par deux citations : « Et Dieu leur dit : … remplissez la terre, et l’assujettissez ; et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tout animal qui se meut sur la terre. Genèse 1-28 ». « Il est moralement obligatoire de s’abstenir de manger la chair des animaux, voire tous les produits de leur exploitation. Peter Singer ; la libération animale. »

Premier thème : L’animal au regard de l’éthique et du droit

« Aux sources du conflit » est le titre de la première intervention faite par André Viard (président de l’Observatoire National des Cultures Taurines, juriste, auteur, éditeur, matador de toros). Aidé d’un diaporama fort démonstratif, est décrite la genèse du mouvement animaliste qui débute aux Etats-Unis en 1942 par la projection du film « Bambi » de Walt Disney, puis en 1962 celle du film de Hovard Hawks, « Hatari ».

En 1975, parution du livre du philosophe australien Peter Singer « La libération animale ». L’idéologie animaliste réclame, activement, pour les animaux au nom de l’anti-spécisme (versant animal de l’anti-racisme) un statut et des droits équivalents à ceux des humains, s’opposant ainsi à l’humanisme. Le mouvement animaliste est mondial, bénéficie de fonds importants, se développe avec la complicité des médias et l’utilisation en toute impunité des réseaux sociaux. Le mouvement le plus illustratif est en 1979 la création du Front de Libération des Animaux (ALF), classé par le FBI comme « première menace terroriste intérieure ». En France, le mouvement animaliste agit par insultes à la personne, diffamations, menaces de mort, agressions, dégradations, destructions de locaux, de bâtiments, d’installations et de matériel de travail. En conclusion, le mouvement animaliste ne se limite pas à la seule corrida et vise tous les secteurs et personnes ayant trait à l’animal (abattoirs, vétérinaires, animaux domestiques, animaux d’élevage, animaux de compagnie, la chasse, la pêche et notre alimentation).

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« Les animaux dans le code civil : entre meubles et personnes » est l’intitulé de l’intervention de Jean-Pierre Digard, ethnologue et anthropologue, directeur de recherche émérite au CNRS, spécialiste de la domestication des animaux et membre de l’académie d’agriculture.

Le 28 janvier 2015, le député Jean Glavany fait adopter au code civil, l’amendement suivant : « Les animaux sont des êtres vivants doués de sensibilité. Sour réserve des lois qui les protègent, les animaux sont soumis au régime des biens. » Ce qui ne constitue pas une nouvelle catégorie juridique. Ainsi, les animalistes s’aidant de la notion de bien-être animal – qui est une absurdité – de falsifications et de faux témoignages invoquent que la seule solution est de lâcher tous les animaux dans la nature. En conclusion le mouvement animaliste représente un péril qui s’accentue, non pris au sérieux, qui dispose d’organisations mondiales financées par les Etats-Unis et qui est un business.

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« L’animal n’existe pas. Quelles conséquences pour les hommes ? »

Francis Wolff (philosophe, professeur émérite à l’école normale supérieur de la rue d’Ulm), précise les utopies qui animent les différents mouvements animalistes. Pour le courant animaliste : l’animal est une personne, l’homme est le bourreau de l’animal et les animalistes sont insensibles à la souffrance humaine.

L’anti-spécisme demande que l’homme soit puni de faire souffrir l’animal et l’homme doit être remplacé par l’animal.

Les abolitionnistes réclament l’abolition du statut de propriété des animaux non humains ainsi que leur utilisation par l’homme.

Le transhumanisme attend le remplacement de l’homme par la nature grâce aux progrès de la science.

Sont également évoqués le front de libération des animaux, le welfarisme ou le véganisme.

Puis, il développe une argumentation étayée par de nombreux exemples et décrit les conséquences de ces différentes utopies. Ainsi, « Les animaux à l’abattoir sont à considérer comme des réfugiés » ou le rappel que l’idéologie qui a produit le plus de lois pour les animaux et ce dès 1933, fut le national socialisme. Pour lui, l’affaiblissement de l’humanisme explique les progrès de l’animalisme et de conclure que « L’homme obéit au droit, les animaux sont des biens meubles et l’animal n’existe pas ».

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« Le droit des minorités culturelles dans le cadre européen »

Reynald Ottenhof (juriste, professeur émérite à l’université de Nantes), observe la difficulté à définir le concept de minorité culturelle (ou minorité nationale) ; cela concerne l’ethnie et, ou la religion et, ou la langue et, ou la culture et, ou la tradition ; il en est de même pour caractériser juridiquement la notion d’infraction culturelle. La convention de l’UNESCO de 2005 a pour buts : la promotion et la protection des patrimoines culturels immatériels et la diversité des expressions culturelles. Ceux-ci doivent être respectés et pouvoir se transmettre en toute liberté, tant qu’ils ne portent pas atteinte aux droits de l’homme. La diversité des expressions culturelles et traditionnelles permet les échanges dans le respect des valeurs locales, nationales et internationales. La convention européenne des droits de l’homme stipule clairement l’interdiction de discrimination, la liberté de développer et de choisir son identité culturelle sans assimilation.

La cour européenne des droits de l’homme veille à la sauvegarde des minorités culturelles. En conséquence, chaque région doit faire l’inventaire de son patrimoine immatériel et de ses spécificités. La reconnaissance de la corrida au patrimoine immatériel est une décision politique. En conclusion : contre l’intolérance et la haine, c’est avec le droit que cela se gagne.

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« Les relations aux animaux dans Les Landes : les alouettes et les vaches »

Bernard Traimond (professeur émérite d’anthropologie à l’université Victor Segalen Bordeaux 2, membre correspondant de la real academia de ciencias politicas y morales de Madrid), décrit à partir de deux études réalisées dans Les Landes, il y plusieurs années, les relations qui s’instaurent entre les écarteurs landais et les vaches de course d’une part et, d’autre part, entre les chasseurs d’alouettes au filet et les alouettes. La course landaise est pratiquée depuis le XVIIème siècle ; l’écarteur a une nécessaire connaissance approfondie du comportement, du caractère de chaque vache de course et réciproquement, d’où le danger et le risque d’accidents graves, voire mortels ; et la notion d’un jeu à deux, d’un « couple » ; tel écarteur remarquant que telle vache lors d’un accrochage ne l’avait pas poursuivi à terre, parce qu’elle était « brave » ; les écarteurs font part de leur peur intense lors de l’habillage et du paséo.

Le chasseur d’alouette au filet doit savoir parfaitement imiter le chant de l’alouette avec un sifflet, dont l’apprentissage débute dans l’enfance ; connaitre le comportement des oiseaux selon le vent, savoir choisir un terrain où les oiseaux vont se poser, les attirer à cet endroit ; enfin, entre certains villages se développe une compétition entre chasseurs d’alouettes. En conclusion : de façon indéniable se nouent des relations affectives entre les écarteurs landais et les vaches de course et entre les chasseurs d’alouettes au filet et les alouettes.

 

Deuxième thème : Animaux, ruralité et traditions culturelles

« Du biòu camarguais au bucking bull américain, ou l’identification réciproque de l’homme au bétail dans les élevages pour les jeux d’arènes »

Frédéric Saumade (professeur d’anthropologie sociale à l’université de Provence et membre de l’Institut d’Ethnologie Méditerranéenne, Européenne et Comparative (IDEMEC) d’Aix-en-Provence), observe qu’en Espagne, au Mexique et plus particulièrement aux Etats-Unis, se trouve un grand nombre de tauromachies. Deux remarques : le rodéo américain est d’une violence inouïe et en Espagne c’est la corrida andalouse qui s’est imposée. Ici, trois modèles idéologiques se projettent sur l’animal :

  • le modèle aristocratique en Andalousie où le « toro brave » a un régime à part ;
  • le modèle de l’argent où le « taureau individu » se vend jusqu’à un million de dollars aux Etats-Unis ;
  • le modèle de la propriété individuelle en Camargue où le « bœuf brave » est enterré debout.

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« Evolution des relations Homme – animaux : les éleveurs engagés »

Etienne Gangnero (vice-président de la FNSEA et éleveur de bovins viande en production biologique dans le Cher) nous informe des actions entreprises au sein du syndicat : travail en commun sur l’interprétation de l’amendement Glavany et la tentative faite auprès des organisations animalistes sur le « bien-être animal », tentative vite abandonnée devant leur comportement et leur absence de coopération. A ce jour, les éleveurs assument leur statut d’omnivores sans vouloir l’imposer. Le modèle français d’éleveur est familial comparé au modèle industriel de l’agriculture allemande, et constate que la société urbaine déconnectée du monde rural, ignore la façon dont sont élevés les animaux. Une politique d’échanges, de communication et d’explications pour faire vivre son territoire est une solution possible pour lutter contre la manipulation des informations, opérée par les mouvements animalistes.

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À ce moment de la journée, ses obligations l’ayant empêché de faire l’introduction de ce colloque, le président du Sénat, Gérard Larcher, vétérinaire de son état, intervient brièvement pour rappeler que l’homme doit garder sa place, son humanisme dans le pays des droits de l’homme et les animaux le leur.

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« Le torero et le toro ; l’amour de l’adversaire »

François Zumbielh (agrégé de lettres classiques, docteur en anthropologie culturelle, écrivain, ancien conseiller culturel à l’ambassade de France en Espagne, directeur culturel de l’Union Latine (2004)), pour cet auteur : la corrida est le combat d’un torero et d’un taureau sauvage (toro bravo) dont la reproduction est pilotée par l’éleveur qui le soigne et le nourrit et, où apparait la notion de domination (dominio). L’homme (le torero) va s’adapter à son adversaire, harmoniser ses gestes (temple), déchiffrer, lire les réactions de son adversaire, corriger ses défauts et révéler la bravoure du toro. Ainsi se crée une complicité de couple (acoplamiento) où l’estocade reste le geste suprême. Le torero, dans un acte d’équité, accepte de mettre en jeu sa propre vie et accompagne jusqu’à la fin le toro, et respecte sa mort. En conclusion, un travail (faena) parfait est une œuvre d’art. Ceci se retrouve dans les propos de Luis Francisco Espla et dans le livre de Michel Leiris « Miroir de la tauromachie ».

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« L’instrumentalisation de l’enfant par l’idéologie animaliste, et le rôle formateur de la violence canalisée dans les contes et dans la vie »

Joël Pon (psychiatre, écrivain), après un détour par la mythologie (Zeus, Europe, Pasiphaé, Minos et le Minotaure) et un rappel du développement ordinaire de notre organisme, va réaffirmer que chacun doit aborder sa violence fondamentale et les angoisses essentielles. Les contes sont la première rencontre de l’enfant avec l’animal, l’image, le symbole, la métaphore faisant ainsi appel à l’imaginaire et permettant ainsi l’apprentissage de la maîtrise de la violence. Les contes proposent aussi un héros, auquel l’enfant va s’identifier. Les animalistes sont des « idéalopathes » proposant à l’enfant une vie passive, lisse, irréelle. Nous observons à ce jour qu’il n’existe aucune étude démontrant un quelconque effet traumatique chez l’enfant ayant assisté à une corrida. Si la corrida était réellement traumatisante pour les enfants, une cellule d’urgence médico-psychologique devrait être présente autour des arènes.

En conclusion : la transmission de la culture taurine passe par les enfants, sachant que la corrida est un conte pour adultes.

 

Troisième thème : Vie et mort éthique des animaux dans les sociétés modernes

Dans cette dernière partie, les représentants de diverses filières touchant à l’élevage, à l’utilisation des animaux dans le cadre de l’alimentation, de la chasse et du spectacle vont apporter leur témoignage personnel :

Le premier intervenant est un fauconnier qui rappelle que la fauconnerie a été la première chasse à être reconnue au patrimoine mondial de l’UNESCO. Elle a permis la repopulation des rapaces, elle obéit à une règlementation complète et protège les oiseaux qui sont nécessairement bien traités pour pouvoir chasser.

Un éleveur de Normandie de bovins charolais et de chevaux de course, déclare que « quand on est éleveur, c’est qu’on aime les animaux » et les animaux sont obligatoirement bien traités. Pour lutter contre les animalistes, nous devons expliquer, nous battre, nous défendre, parler vrai et communiquer.

Une éleveuse de canards du Sud-Ouest et productrice de foies gras, expose que cette filière produit les trois quarts de la production mondiale de foies-gras et représente 30 000 emplois. Suite aux exactions des animalistes, nous avons construit un argumentaire scientifique pour expliquer que c’est le seul moyen pour produire de bons produits et nous invitons les personnes à assister au gavage.

Le vice-président de la fédération de chasse des Landes rapporte quelques exactions des animalistes : pour eux, la réintroduction du loup et de l’ours implique la disparition des bergers ou il est légitime de dégrader les exploitations des éleveurs ou de les agresser. Et souligne le rôle de sa fédération dans la conservation de la vache marine landaise.

Le porte-parole du cirque Bouglione relate que le cirque a dû se séparer d’un éléphant suite à une campagne de diffamation montée de toutes pièces par le mouvement animaliste avec la complicité des médias nationaux, entrainant la perte du contrat avec Gulli ou des contrats avec les municipalités, le mouvement animaliste menaçant de mort les maires qui acceptent de recevoir le cirque sur leur commune. Enfin, il est rappelé que le cirque classique est reconnu comme faisant partie de la culture par le parlement européen et obéit à une règlementation stricte.

J. Maillan, éleveur de bœufs cocardiers et de chevaux camarguais, indique à nouveau que les besoins de ses animaux sont respectés, qu’ils mènent une vie semi-sauvage et que les meilleurs cocardiers sont enterrés debout.

Pour F. Laugier, éleveur de toros de combat : « nous n’avons pas à nous justifier, nous faisons la France et nous devons être solidaires ».

J-L. Darré, seul éleveur de toros de combat dans le Sud-Ouest, évoque la situation désastreuse de l’agriculture gersoise, craint que les élevages disparaissent et termine en décrivant la peine qu’il éprouve après la mort de vieillesse de son semental, il y a deux semaines.

Une éleveuse de chèvres livre ses difficultés à faire comprendre que pour obtenir du bon lait, ses chèvres doivent être bien traitées, et que pour produire du lait vont nécessairement naître des chevreaux destinés à l’alimentation.

Enfin, un éleveur de porcs noirs de Bigorre souligne que grâce à sa démarche, il a sauvé cette race autochtone des Pyrénées centrales de la disparition.

Un cuisinier de renom se déclare fier d’être chasseur, pêcheur, regrette que l’on ne puisse plus cuisiner en France le gibier et note que les animaux nous permettent de confectionner des plats merveilleux.

Un peintre « aimant la corrida » viendra nous dire qu’il considère la corrida comme une usine à fabriquer du souvenir.

Puis Danielle Michel, sénatrice des Landes, nous annonce que Jean-Louis Carrère, sénateur des Landes, va demander la création d’une commission d’enquête parlementaire sur le mouvement animaliste.

En clôture, tout le monde est invité à se réunir et à échanger autour de la dégustation de cochon noir de Bigorre, de magret et foie gras de canard, de fromage de chèvre et de vins du Sud-Ouest apportés par les éleveurs.