CERET  – Samedi 17 juillet 2021

Corrida de RETA de CASTA NAVARRA pour Francisco Javier SÀNCHEZ VARA (blanc et or), Octavio CHACON (bleu ciel et or) et Miguel Àngel PACHECO (blanc et argent).

1er pari de l’ADAC pour ce CERET de TOROS 2021 : sortir ces toros d’encaste navarraise sélectionnés depuis une vingtaine d’années par Miguel RETA, passionné s’il en est. Ce lot était prévu pour 2020 ; de ce fait, plusieurs exemplaires ayant dépassé l’âge réglementaire de six ans, l’ADAC a demandé et obtenu l’accord des matadors, des cuadrillas et de l’UVTF pour les sortir tout de même en piste. Les commentaires d’après course reflétaient une diversité de ponts de vue assez remarquable. Pour ma part, je me dis avoir eu, au moins une fois dans ma vie d’aficionado, la chance de voir une corrida comme en voyaient nos ancêtres il y un siècle, voire deux. D’un autre côté, il est vrai qu’une des caractéristiques de notre temps est que beaucoup jugent le passé avec leurs connaissances, leurs idées et leurs valeurs d’aujourd’hui. Peut-être chacun retrouvera-t-il ses « petits » dans ce lot de mansos, voire de mansos perdidos … Toujours est-il que les trois heures que dura cette course furent principalement constituées de fuites, tant devant les capes que devant les chevaux, de démarrages en fusée aux banderilles (noires pour trois exemplaires) et de comportements tout aussi dangereux face à la muleta.

1er    (6 ans 6 mois, 490 kg) : castaño chorreado listón. Circonspect face à la cape, va au toril à deux reprises puis s’écarte quand le matador veut l’en sortir. Cinq fuites au contact du fer, et l’entrée du 2ème picador permet seulement de lui infliger une série de refilones. Trois banderilles noires entrecoupées de deux passages en faux. Désarmé en sortant une fois de plus son adversaire du toril, Sánchez Vara se fait serrer sur des passes aidées de la gauche, prend la main droite en jouant des jambes et conclut par un macheteo de pitón a pitón. Pinchazo, deux tiers de lame et trois descabellos avec mort au toril. Applaudissements nourris.

2ème (6 ans 6 mois, 490 kg) : colorado chorreado listón armé playero, qui accepte la cape à peu près correctement. Il prend une pique dans l’épaule, sort et revient seul puis va au toril ; le picador donnera une 3ème pique au centre, le cornu sortant de suite. Cette fois-ci, trois paires de banderilles pourront être posées, entraînant un salut mérité des deux peones. Montera en tête, Chacón tente à trois reprises de le sortir de la porte du toril ; il y réussit finalement par doblones, deux mètres par deux mètres, mais de faena stricto sensu il n’y aura pas. Deux mete y saca dans ce même terrain suivis de ¾ de lame bas et en avant. Le toro se relève et s’arc-boute un long moment avant de mourir. Silence.                                                                                                              

3ème (6 ans 6 mois, 540 kg) : colorado chorreado bien armé qui remate aux planches et accepte la cape de Pacheco. Le bon vouloir du toro s’arrête là, car il fuit le cheval pour l’ignorer superbement ensuite. Nouvelles « veuves » dont deux seulement pourront être clouées, avec cogida pour un peon. Pacheco voit son opposant le chercher dès l’entame par doblones ; promené, il se fait désarmer à deux reprises, un peon subissant le même désagrément. Quart de lame chanceux, entière plate et deux descabellos. Applaudissements. A noter la présence permanente en piste des deux autres matadors.

4ème (6 ans 6 mois, 510 kg) : castaño bien armé, se place au centre, et Sánchez Vara réussit une réception correcte. Le toro renverse le cheval à la 1ère pique, prend les deux suivantes en secouant, sort de suite à la 4ème, puis en prend encore deux, brèves ; applaudissements au picador Navarrete. Il se montre dur à banderiller, avec quatre palos posés en quatre passages entrecoupés de passages en faux. Au  3ème tiers, le torero conduit l’animal au centre et lui arrache une série à droite ; le toro sort distrait de la 2ème, mais l’homme arrive à lui garder la tête dans le leurre à la 3ème. Quelques passes par le bas, et l’oreille en vue est malheureusement perdue à la mort avec un pinchazo, une demi-lame plate et une épée qui vole. Vuelta chaleureuse pour le torero et applaudissements à l’arrastre.

5ème (6 ans 1 mois, 590 kg) : autre castaño, qui se retourne sur place au capote puis est le protagoniste d’un 1er tiers épique. Il sort seul d’une 1ère pique prise tête haute en secouant, fuit au toril puis au centre après que le picador soit allé le chercher ; la seconde pique est brève, et l’on assiste à ce spectacle peu habituel -au moins dans un ruedo- d’un cavalier et de sa monture courant derrière un toro. L’entrée du 2ème picador ne résolvant en rien le problème, les banderilles noires sortent de nouveau ; par souci de protéger les piétons face à un animal impossible, le président arrête le tercio avec une seule restant sur l’animal. Après un brindis à ses deux collègues, Chacón prend peur devant ce criminel de basse extraction, lâche les trastos, va chercher l’épée de mort, donne quelques passes de châtiment en reculant, frôlant la chute, et met deux lames « au petit bonheur » avant de conclure d’un bajonazo. Beaucoup d’applaudissements couvrent quelques sifflets aussi déplacés que le toro était dangereux.

6ème (5 ans 3 mois, 550 kg) : équipé de cornes blanches spectaculaires car remontant vers le ciel. Le passage dans la cape est correct. Deux piques en arrière en sortant seul entrecoupées de deux refilones. Une paire de banderilles bien posée puis une seule, et le palco accepte la demande de changement de tiers. À son tour, Pacheco se fait accrocher, projeter au sol et piétiner, heureusement sans trop de mal. Le toro commence à fuir la muleta, se réfugie au toril et y meurt d’une entière en place portée au ralenti suivie de trois descabellos. Applaudissements.

Sortie des hommes sous une énorme ovation, témoin de la compréhension du public.

Présidence sérieuse (et certainement éprouvante) d’André Roques, assisté du Dr Vre Renaud Maillard et de Benoît Pince.

 

CERET  – Dimanche 18 juillet 2021 (matin)                                                                  

            Novillada de six encastes différents pour Francisco MONTERO (blanc et or), único espada. Sobresalientes : Alberto POZO (noir et or) et Rafael REYES (grenat et or).

2ème pari de l’ADAC : accepter à sa demande de présenter un novillero pas trop expérimenté devant six novillos d’encastes différentes et pas réputées les plus « collaboratrices ». Montero a montré ses limites en termes de métier, mais aussi son courage ; il a éprouvé beaucoup de difficultés pour tenir la distance d’un seul contre six. Quant à la suite pour lui …

Les six novillos étaient bien voire superbement présentés, dans le type de leur encaste, et tous ont été applaudis à l’arrastre.

1er, SALTILLO (3 ans 9 mois) : cárdeno bragado, qui sort abanto et montre sa faiblesse dans des véroniques genou ployé, puis sur la pique dont il sort en boitant. Il est remplacé par un beau et haut negro de Christophe YONNET (3 ans un mois) qui prend trois piques avec des poussées d’intensité décroissante : 1ère en arrière, 2ème correcte, 3ème courte après avoir effectué un cadrage-débordement face au picador. Pas de poursuite aux banderilles, avec une 1ère paire bien posée. Les doblones d’entame de faena sont peu appuyés, les derechazos qui suivent prudents, avec coups de tête dans le leurre. Montero réussit pourtant à l’embarquer dans sa muleta, mais la corne gauche s’avère peu fréquentable. Retour à droite avec reculades, le novillo commençant à chercher l’homme. Passes de châtiment, ¾ de lame en avant et salut aux tiers..

2ème, CONCHA Y SIERRA (3 ans 9 mois) : de grande prestance, magnifique de robe (castaño chorreado listón) et superbe d’armure, de charge longue dans la cape. Il accourt volontiers au cheval mais ne montre que peu de poder en trois rencontres : 1ère et 2ème en arrière mais peu appuyées, 3ème levée de suite. Salut du peon qui a cloué les 1ère et 3ème paires de banderilles, sans poursuites. À la muleta, l’animal désarme l’homme d’entrée de jeu, puis s’arrête dans la passe et se retourne sur lui. Montero n’arrive pas à s’imposer à un novillo exigeant, d’autant plus que la violence du vent n’arrange pas les choses et empêche de lier les passes. Cela va un peu mieux à gauche par passes aidées. Entière en place bien portée, avis et salut aux tiers.

3ème, Dolorés AGUIRRE (3 ans 10 mois) : lourd negro bragado armé brochito. Reçu par une larga à genoux, il est long à fixer. 1ère pique prise pas arrêté, en poussant, au milieu du dos et replacée ; 2ème un peu mieux placée et avec poussée moindre. Le novillo poursuit les banderilleros lors d’un tercio correct. Dès le début de la faena, Montero se fait avertir à droite ; changeant de main, il se fait serrer par un opposant qui encense, pèse dans le leurre et l’accroche. Dominé et ne sachant trop que faire de ce « client » sérieux, il abrège et tue en deux temps, avec entière verticale et en avant suivie d’une autre mieux placée. Silence.

4ème, Christophe YONNET (3 ans 7 mois) : negro bien armé, noble dans la cape. La 1ère mise en suerte, par chicuelinas marchées, est soignée. Malheureusement, les deux piques, prises en secouant, sont laides, avec une de côté et une en arrière, d’où les sifflets à l’adresse du picador. 2ème tiers regular. À la muleta, le novillo se montre soso et accuse le coup suite aux mauvaises piques, chutant à plusieurs reprises ; la faena en résulte décousue et ennuyeuse. Montero veut abréger, mais une partie du public proteste ; il tente alors d’animer son adversaire par deux séries à droite dans son style un peu basto. Un avertissement à gauche le fait opter pour des bernadinas pour moi pas indispensables. Mise à mort laborieuse avec mete y saca, entière basse et en avant et deux descabellos. Avis et silence.

5ème, BARCIAL (3 ans 7 mois) : un magnifique negro bragado lucero bien reçu. Comportement fluctuant au 1er tiers : 1ère pique correcte, avec poussée mais sortant seul ; 2ème avec poussée et cette fois ne sortant pas seul ; 3ème en venant au trot puis poussant ; 4ème placé au toril, se rapprochant puis venant au galop pour une nouvelle pique prise en poussant. Banderilles correctes avec poursuites molles (on peut comprendre !). Après des doblones peu appuyés, le novillero se fait dominer à droite ; le passage à gauche est n’est pas plus concluant. Boitant, il veut renoncer, mais le public lui manifeste sa désapprobation, et il sert trois séries aidées sur la gauche. Il évite de peu l’accrochage sur les doblones finaux et échoue à la mort avec quatre pinchazos (dont au moins un en suerte contraire !) et une entière en place d’effet rapide. Avis et division. La vuelta accordée à la dépouille est quelque peu contestée, mais j’avoue avoir préféré être à ma place plutôt qu’à celle du président.

6ème, LOS MAÑOS (3 ans 4 mois) : la réception est tonitruante avec attente a porta gaïola suivie de deux largas à genoux, la 2ème avec désarmé, suivies elles-mêmes de chicuelinas et demie. Les deux piques sont posées au milieu du dos, d’où la sortie du picador sous les huées. 2ème tiers correct sans plus. Brindis aux deux sobresalientes. La faena débute aux planches avec changement de main, se poursuit sur la gauche, avec un novillo noble. À droite, Montero subit trois avertissements successifs, le 3ème avec coup à la jambe. De ce fait, il n’insiste pas mais, faute de dominio, son adversaire lui fait faire un bon demi-tour de ruedo au moment du cadrage. Entière portée à la tombée du morrillo, avis et salut final.

Présidence solide de Pierre Fons, assisté du Dr Vre Sébastien Fouque et de Dominique Valmary.

 

CERET  – Dimanche 18 juillet 2021 (après-midi)

Corrida de RASO DE PORTILLO pour Fernando ROBLEÑO (vert d’eau et argent), GOMEZ DEL PILAR (blanc et argent) et Maxime SOLERA (blanc et or).

Un lot de beau trapío, sans une once de graisse, de bien à très armé, comprenant des cuatreños et des cinqueños, et de comportement pas vraiment « civilisé ». Dommage que les hommes, que ce soit par manque de motivation ou par manque de métier, n’aient pas su, pas pu ou pas voulu s’imposer à ces six toros.

1er (4 ans 7 mois, 570 kg) : negro bien armé, remate aux planches et en ressort avec les deux cornes escobillées. Deux piques sans entrain, la 1ère en ayant été placé trop loin, basse, la 2ème courte après s’être montré tardo. Poursuites aux banderilles, avec salut. Après des doblones légers, Robleño alterne main droite et main gauche mais, de ce côté, le toro s’arrête au niveau de l’homme. Ce dernier n’arrive pas à dominer son adversaire et tue par pinchazo et entière sincère, tombée et un peu en avant. Salut aux tiers.

2ème (5 ans 7 mois, 530 kg) : negro mulato meano qui remate lui aussi à deux burladeros ; le torero signe une belle réception. La 1ère pique, correcte, est prise en poussant sur la corne gauche, la 2ème est plus discrète et la 3ème symbolique. L’animal attendant les hommes, le 2ème tiers a une allure de jeu de fléchettes, avec arrêt à quatre palos posés. Prenant la main gauche de suite, Gómez del Pilar est dominé dès la 3ème série, et la faena tourne à la chiffonnade. La mise à mort est laborieuse : deux pinchazos avec coup au bras, 1/5ème de lame et demi-épée basse et en travers. Silence.

3ème (4 ans 7 mois, 540 kg) : beau negro astifino ; le capeo de réception est donné en jouant des jambes. Suit un tercio de piques bien mené, avec augmentation des distances et à la fin duquel Jean-Loup Aillet sera ovationné : 1ère pique en poussant de la gauche ; 2ème en venant au galop mais en sortant seul ; 3ème correcte ; 4ème en se rapprochant puis en démarrant de nouveau au galop. Banderilles correctes, sans poursuite. Les doblones d’entame de faena sont soignés ; la suite m’a paru confuse, sans dominio, et je reconnais m’être ennuyé jusqu’aux passes de châtiment de conclusion. Epée contraire et en travers, descabello, avis et silence.

4ème (5 ans 7 mois, 500 kg) : le cárdeno de la tarde, très armé. Trois piques correctes prises tête haute et en se défendant, la 3ème en étant placé plus près que les précédentes (?). Le 2ème tiers se déroule dans la peur, avec arrêt à trois banderilles plantées en quatre passages. À la muleta, l’homme reste fuera de cacho tant droite qu’à gauche, côté sur lequel il s’aide de l’épée. Nous l’avons connu (ici et ailleurs) plus volontaire ; plus de vingt ans d’élevages durs n’y sont peut-être pas pour rien … Toujours est-il qu’il renonce, déclenchant quelques protestations du public,  et conclut laborieusement par pinchazo, entière basse en travers et en avant, et deux descabellos. Silence.

5ème (4 ans 7 mois, 510 kg) : negro armé large, qui pousse sous la 1ère pique puis, placé assez loin, vient en deux fois à la seconde pour rester plus passif ; pourquoi pas une 3ème, ne serait-ce que « pour voir » ? C’est en accélérant qu’il suit les hommes aux banderilles. Après des doblones sérieux, le torero est dominé de suite à droite et recule ; ce n’est pas mieux à gauche, et le retour à droite se solde par un avertissement. Lors de sa nouvelle tentative à gauche par aidées, il se fait « balader » et subit les retours secs de son toro. Passes de châtiment, entière basse, descabello et silence. Un toro dur qu’il aurait fallu voir dans un jour meilleur (pour les hommes …).

6ème (5 ans 5 mois, 500 kg) : une armure de cauchemar. Les trois piques sont prises en venant facilement, mais avec un entrain modéré dans le peto. Salut d’un peon au 2ème tiers. Solera torée en baissant la main mais ramène son adversaire sur lui ; encore une « équation » pas résolue, le manque de métier n’y étant sans doute pas étranger. Conclusion par passes de châtiment, pinchazo et entière en place ; avis un peu tardif (pour ici) et silence.

Présidence : Bernard Sicet, assisté du Dr Vre Thierry Faget et de José Angullo.