Photo empruntée à Paco

Saint Martin de Crau, dimanche 24 avril,
corrida d'Hubert Yonnet

Ciel ensoleillé mais mistral violent et frigorifiant, gradins garnis au deux tiers.

La course fut précédée d’un hommage à Hubert Yonnet sous la forme d’une capelado (paseillo à la mode camarguaise où le salut final se manifeste “capel” en main) à laquelle participèrent, Charlotte Yonnet, propriétaire de l’élevage, en costume traditionnel, accompagnée des demoiselles d’honneur de la reine d’Arles, et d’arlésiennes qui formèrent une haie d’honneur au défilé à cheval des différentes confréries de gardians et d’éleveurs.

Cédric Bernardi, président de la Unica, retraça la vie d’Hubert Yonnet et conclut la cérémonie de belle manière en offrant le fameux “Portrait photographique d'Hubert Yonnet au burladero”, par Michel Volle, à Charlotte petite-fille, et à Myriam fille du prestigueux et regretté éleveur camarguais.

Ces Hubert Yonnet, absents des arènes depuis deux ans, étaient attendus avec curiosité. Ce qu’ils montrèrent conduit à une appréciation mitigée.
De belle apparence, irréprochablement encornés, composant un lot homogène aux poids affichés de 550 à 590 kg, ils cumulèrent 16 piques, souvent volontairement destructrices, qu’ils prirent avec plus de violence que de réelle bravoure. 
Ils baissèrent tous de ton au troisième tiers, économisant leur charge, n’humiliant pas, s’arrêtant en cours de passe, développant du sentidoIls étaient néanmoins toréables pour qui voulait et savait, comme Javier Cortés en a apporté la démonstration.

Le premier taureau, Paulet, vient violemment dans les capes. Denis Loré, bleu et or, dès ses premiers efforts pour le contenir se claque la cuisse droite et se met à tirer la jambe, visage crispé par la douleur.
Nicolas Bertoli administra sous la bronca trois piques assassines, en arrière, “pompées et carioquées”, dont l’animal sort fléchissant sur ses antérieurs. Nous comprenons que la blessure du maestro est sévère. Effectivement, Denis, boitant, toréa brièvement et sans fioriture un taureau, désormais boitant lui aussi, et en finit par un bajonazoPuis il gagna l’infirmerie et de là, comme le haut-parleur nous l’apprendra, l’hôpital de Nîmes.

Serafín Marín, ciel et or, eut donc à tuer trois taureaux, les deux siens et le le second de Loré.

Esperadou, son premier, ne l’inspira guère. Il fit le minimum à la cape, c’est-à-dire rien. L’animal courut à trois reprises avec un relatif entrain vers le picador, Romualdo Almodovar, qui se chargea de réduire ses velléités en lui administrant trois longues piques traseras et meurtrières.
Il s’ensuivit qu’Esperadou arriva à la muleta tête haute et corne gauche redoutable, plus cette terrible troisième corne du Mistral qui ne cessa de se manifester tour au long de l’après-midi. Devant tant de périls Sérafín se réfugia dans une petite faena ponctué de reculoirs et bien ennuyeuse. Il s’en tira piteusement par pinchazo hondo, demi-épée en avant et descabello.
Silence.

Avec le taureau, Esquino, celui qui aurait dû revenir à Loré, ce fut du même acabit. Rien à la cape. Paco Cenizo donne une pique convenablement placée à l’arrière du morrillo, longue et appuyée. Javier Cortés intercale deux bonnes véroniques et demie, montrant ainsi que l’animal n’est pas intoréable. Paco Cenizo termine son travail de sape. Sa pique tombe, sans doute sans intention délibérée, encore au bas du morrillo, mais il s’empresse de la rectifier en la plaçant bien plus en arrière pour majorer son effet dévastateur.
Les banderilles sont réduites à deux paires.
À la muleta l’animal se réserve et s’arrête en suerte. Sérafín livre un combat décousu, privé de tout intérêt.
Final par épée plate.
Silence.

Il a toréé Cayenne, son deuxième taureau, un fort burraco de 590 kg aux cornes magnifiques, en dernière position afin de conserver le principe de l’alternance avec Javier Cortés.
Toujours rien à la cape.
À la pique, le beau taureau révèle un tempérament mansito, il charge dans un mauvais style mais le piquero lui administre, lui aussi dans un mauvais style, trois piques traseras et destructrices.
Banderilles tellement cafouillées que le président, Philip Kugener, n’hésite pas à sonner le changement alors qu’il n’y en a que trois de clouées.
Au troisième tiers, l’animal n’a pas de charge ce qui ne peut arranger les affaires de notre maestro.
Fin finale de la triste prestation de Sérafín et du même coup de la course par deux pinchazos et une demi-épée plate.

Bienheureusement Javier Cortés avait sauvé la tarde, voici comment :

Il reçoit Tampan, le troisième apparu, par de belles véroniques en parón.
Première pique trop en arrière mais bien dosée de Pedrito.
Javier "quite" par chicuelinas.
Deuxième pique identique à la première. Javier demande le changement.
Brindis au public.
Début par derechazos et construction de la faena plutôt sur ce côté droit, le taureau s’y livrant mieux ; mais en y incrustant de courtes et bonnes séquences de trois naturelles et du pecho. Pecho gaucher qu’il maîtrise parfaitement et qu’il utilise souvent pour mettre fin, par changement de main, à des séries droitières. Ainsi, en se plaçant là où il fallait, en aguatant, en s’engageant, en conduisant et allongeant la charge, dans un style madrilène et classique, il mit un taureau a priori peu favorable dans sa poche et réchauffa un public passablement réfrigéré par le mistral. Il couronna son travail, quand le taureau tardait à charger, par un final où il déclencha et tira une à une un se mettant près de cornes quelques passes de bonne facture, expression d’un “encimisme” maîtrisé et élégant.
Il montra son talon d’Achille, son peu d’assurance à l’épée, en tentant un recibir transformé en encuentro improvisé et hasardeux et se soldant par un pinchazo.
Cependant, l’entière tombée qui suivit libéra l’oreille.

Il fut encore meilleur avec son second, Faraman, un negro mulato qu’il toréa en cinquième position.
La séquence de cape fut une sorte d’empoignade qui se termina en match nul, aucun des deux adversaires n’acceptant de céder.
Gabin Rehabi donne trois piques bien placées et bien dosées, il quitte la piste sous l’ovation.
C’est avec beaucoup de détermination et de courage que Javier va imposer à un animal sur la réserve et lorgnant plutôt vers l’homme que vers la muleta une faena ambidextre.
Parfaitement croisé, de trois quarts ou même de face, avec une tranquille assurance, il déclenche, alonge et lie des passes pures et templées.
Quand il leva l’épée, tout le monde attendait un triomphe. Malheureusement trois pinchazos, un avis et une épée en avant et tombée l’interdirent.
La vuelta al ruedo fut cependant imposée et fêtée.

Il ne reste plus qu’à espérer revoir bientôt ces Hubert Yonnet pour les juger sereinement un jour sans mistral, devant, non pas un, mais trois bons toreros qui les fassent bien piquer et s’appliquent à bien les toréer.

Quant à Javier Cortès, ce torero de classique facture madrilène qui, ayant pris son alternative en 2010, fut oublié jusqu’à ne pas toréer en 2013 et 2014, voici qu’il est réapparu sous l’administration de Stéphane Méca et s’est fait connaitre à l’afición française l’année dernière à Vergèze devant des Prieto de la Cal. Nous l’attendons maintenant à Alès, puis à Vic.

Ci-dessous, la vidéo de Jérôme Zucarrelli qui figure sur Corrida.TvOn y voit des images de la capelado et des passages des faenas de Javier Cortés.

StMartindeCrau-24-Avril-2016 par f100003700863372