VIC FEZENSAC 7, 8, 9 juin

La convalescence entamée par PENTECÔTAVIC est sur la voie de la guérison avec le beau temps, le retour raisonnable à la fête populaire, une fréquentation significative et des taureaux, même si de ce point de vue là tout ne fut pas parfait. Voiir ici la photo de Le weekend taurin s’est déroulé en effet en dents de scie avec un point d’orgue qui ne peut que rassurer le plus sceptique des aficionados, la corrida authentique n’est pas encore morte. La manifestation des antis confortée par l’annulation en référé de l’arrêté municipal interdisant toute manifestation dans une zone délimitée par les panneaux de signalisation de la ville n’a pas obtenu un nombre significatif de participants. Elle aura des conséquences ultérieures puisqu’un des 40 à 100 manifestants, l’emblématique  représentant du CRAC.E a été interpellé en possession d’une bombe lacrymogène. Notez que le port ou le transport d'une arme de 6ème catégorie est une infraction au Code Pénal, qualifiée "délit" et passible d'un maximum de 3 ans d'emprisonnement et d'une amende pouvant aller jusqu'à 4000 Euros (code de la défense art. L 2339-9). Nous verrons bien si suite il y a …

Samedi après midi. 6 Adolfo Martin Andrès 6. Antonio Ferrera – Manuel Escribano. ¾ d’arènes.

Sobresaliente : Morenito de Nîmes

Après les hommages rendus puis le passage de témoin entre les torileros, El Fundi est distingué et salué en piste. Il repart les bras chargés de produits locaux qui participent, dit-on, au bonheur dans le pré, ici et ailleurs, sauf pour les pisse-froid.

Côté taureaux les choses ne sont pas allées bien loin avec un effondrement après les piques et des signes généralisés de faiblesse. Les 14 piques ont été mal placées dans l’ensemble et souvent pompées, les taureaux s’employant très peu dans la cavalerie Bonijol. Le duo de maestros banderilleros a permis 4 échanges de bâtons (1 et 2 ; 5 et 6) ce qui a donné un peu d’alegria à une tarde monotone et sans saveur. A noter que la piste s’est révélée trop profonde d’où plusieurs faenas menées pieds nus.

Antonio Ferrera reçoit son premier sur la corne droite avant qu’il ne s’éteigne, puis il tire deux séries de naturelles courtes mais templées avant de revenir à droite. Devant le manque d’allant il raccourcit sa prestation et connait une fin difficile conclue d’un metisaca, pinchazo et d’un bajonazo.

Son suivant, mansote, s’engage très peu à la cape il ne permet que deux véroniques. Il ne s’emploie guère à la pique et sort seul à la troisième, mise en suerte par Escribano. Il se révèlera court de charge ne se livrant qu’à l’arrachée de quelques passes. Le travail est laborieux et lointain. Le final encimiste, épée plantée dans le sable, n’apporte rien de plus. La mort est délivrée d’un bajonazo, 2/3 de lame, d’effet immédiat.

Peu de choses à son troisième, un taureau qui se révèle fade et sans charge pourtant offert au public et à Mr et Mme El Fundi. Il termine bouche ouverte et est couché d’un pinchazo et d’une entière magnifique. La caste était pourtant là le taureau se relevant une fois et mourant seul.

Manuel Escribano accueille un premier opposant léger et donnant de la tête. Il le mène au centre avec autorité et finesse. Brindis au public. Il sera tardo et sans charge se mettant rapidement en défense au centre ne concédant les passes qu’une à une. Il finit bouche fermée et tombe d’un ¾ de lame, suivi de 5 descabellos et 5 puntillas…

Le deuxième, légèrement bizco, accepte de se livrer dans la cape allègre du torero. Il montrera des faiblesses à la pique et sera respecté par le picador. Joli quiebro aux planches et brindis à la peña « les armagnacs ». La faena donnée à un taureau noble produira quelques séries notamment droitières certes profondes mais desservies par un toreo profilé et jamais croisé. L’émotion n’est pas là. Il le couche d’un ¾ d’épée d’effet immédiat en passant par Marciac… Le public obtiendra un trophée bonifié par celui du président qui tombe si rapidement que les habitués de la place s’en étonnent ou s’en offusquent avec raison.

Sorti avec des signes de faiblesse, le dernier sera protesté en vain. Son état sera aggravé par un picador assassin et insolent qui ne salue pas la présidence en sortant. Brindis aux jeunes organisateurs de la féria. Rien ne se passera ni à gauche, ni à droite. Un 1/3 d’épée précédée de 3 pinchazos et un descabello concluent la soirée.

Dimanche matin.  6 Cebada Gago 6. Luis Vilches – Alberto Aguilar – Manuel Jesus Perez Mota. 3/5 d’arène.

Malgré l’inconfort dû aux bruits émanant de la manifestation anti, la mâtinée sera particulièrement intéressante avec un bétail de fort belle présentation et qui donnera du jeu. 14 piques majoritairement servies dans l’épaule et chevaux présentés perpendiculairement…

 Luis Vilches reprend la carrière après un arrêt de deux ans suite à une grave blessure reçue en 2008 et un retrait du métier. Espabilado sort du chiquero vif, très mobile et doté d’une armure particulièrement large. Quite d’Aguilar. Il se révèle délicat aux banderilles. Brindis au public. Le taureau s’investit dans la muleta jusqu’à mi faena. Le torero semble sur la réserve et hésite à se croiser, il torée peu souvent, cela se sent. Deux pinchazos, une entière verticale et une puntilla concluent l’affrontement. Salut au tiers et vuelta refusée logiquement.

Son second, Manolillo, est habilement manié à la cape. Les deux piques ne sont pas d’anthologie. Après un nouveau quite d’Aguilar et brindis à El Fundi le torero construira une faena agréable sur les deux cornes mais sans jamais se croiser. Il conclue d’une entière dans le « rincon d’Ordoñez » ! Il bénéficie d’une oreille généreuse mais pas scandaleuse.

Alberto Aguilar ne semble pas au mieux de sa forme. A la cape, Barbero le serre côté gauche. Le taureau sort du cheval à genoux, affaibli par deux piques infligées dans l’épaule gauche. Quite discret de Perez Mota. Le taureau ne passe pas à droite contraignant l’homme, sur la défensive, à céder du terrain. ¾ d’épée dans le « rincon d’Ordoñez » ; 6 descabellos précèdent les sifflets.

Quelques signes de faiblesse se font jour dès que Mujidor sort des chiqueros. Il ne suit pas aux banderilles et chargera mollement avec cependant un fond de noblesse. La faena ne décolle jamais et sera conclue d’une espada trasera nécessitant 3 descabellos. Silence.

Manuel Jesus Perez Mota bénéficie de conditions favorables avec deux tiers de piques réussis comme Vic les apprécie et procède crescendo jusqu’à obtenir les trophées.

Amante est une véritable estampe avec un morillo saillant et un port de tête altier. Le cavalier Gabin Rehabi, et le picador qu’il est, a soulevé avec raison le public si l’on excepte la troisième vara posée dans le dos avec le cheval perpendiculaire. Il salue et sort du ruedo à reculons. Brindis à El Fundi. Le taureau affaibli par l’épreuve des piques ne permettra pas de lier les passes, sa charge étant insuffisante. La faena se termine aux planches bouche fermée. Une entière engagée vaut au torero de saluer au tiers mais il se voit refuser la vuelta. Applaudissements à l’arrastre.

Castañuelo se révèle très bon à la cape. Il échappe à la cuadrilla et va seul au cheval puis subit deux piques de loin. El Pimpi hijo est applaudi. Le taureau est noble et charge avec une relative douceur dans des séries liées. Le torero offre la mort au public et délivre une entière desprendida. Enthousiasmé El Fundi lance son chapeau dans l’arène avant que la présidence n’accorde deux oreilles et la vuelta pour le taureau. Les deux picadors sont appelés par le torero à partager le tour de piste.

Dimanche après-midi. 4 Pagès-Maillan 4 et 2 Cebada Gago 2. Morenito de Aranda – Joselito Adame – Thomas Dufau.

La saga des taureaux camarguais a été d’autant plus difficile à suivre dans l’enceinte que le panneautage a été défaillant laissant les aficionados insatisfaits. Le sorteo distribué à l’entrée comportait une mention particulièrement utile : « sous réserve de changement de dernière minute ». Des changements il y en eut puisque malgré un demi-lot complémentaire venu de Camargue 2 Cebada Gago ont été sollicités, sobreros de grand luxe. Ce fut un fracasso pour l’éleveur dont on attend de lire l’analyse pour comprendre ce qui s’est réellement passé ; manque de caste et de force... 8 piques.

Morenito de Aranda n’a pas passé un après-midi confortable terni pas les insuffisances de ses opposants et la panique de sa cuadrilla à son second combat, l’arène lui manifestant son hostilité avec excès.

Navarre (PM) est applaudi à son apparition ; il vient bien dans la cape. Puis il se comporte en manso faible de pattes et aux charges molles s’arrêtant dans la muleta. 2/3 d’épée desprendida d’effet rapide. Sifflets à l’arrastre.

Ventorano, sobrero (PM) subira 3 piques de sagouin, une incompréhension naissant avec la présidence quant au changement de tercio. L’ambiance de panique se poursuivra aux banderilles devant une arène hostile. Le maestro étonnamment calme compte tenu du contexte essayera d’actuer avec ses avantages dont une main droite habile sans pouvoir décider le taureau. Une entière nécessitant une puntilla conclue une faena ne recueillant au final qu’un profond silence et des sifflets à l’arrastre.

Joselito Adame, lui aussi,  n’a pas été servi et n’a pas brillé. A noter aussi les faiblesses récurrentes de sa cuadrilla, ce qui est surprenant à son niveau. Son premier taureau sera changé par un sobrero lui aussi diminué.

Navarrito (PM) sera en effet remplacé par Buscador (PM) qui sort de la première pique en chutant et semble handicapé des membres postérieurs. Le public refuse le brindis. Le taureau ayant peu de charge la faena sera sans émotion et trop longue. Il sera tué d’une entière trasera. Sifflets à l’arrastre.

Campanero, sobrero (CG), se présente favorablement à la cape et lors des mises en suerte à la pique. La deuxième pique est ratée. Au final la mono pique s’avèrera insuffisante. Le torero le reprend par navarras. Le taureau est tardo et ne suit pas aux banderilles. Brindis au public. A la muleta il se révèle avisé ; il multiplie les hachazos en se retournant comme un chat et se met en défense. Le toreo servi sera heurté et conclu par des passes de châtiment. 3 pinchazos précèdent un bajonazo.

Thomas Dufau fait sa présentation à Vic  Fezensac devant un public acquis à sa cause. Il progresse mais devra faire évoluer une construction de faena encore trop stéréotypée.

Mis en échec par Deslinguado (PM) qui ne concède pas le cambio por la espalda attendu par le Landais, celui-ci enchaîne par une larga afarolada de rodillas, la suite étant plus classique. Deux piques dans les lombaires avant de belles banderilles posées par Raphaël Viotti. Brindis à Xavier Rouby, proche du torero, son chauffeur de luxe, je crois. Devant un taureau faible et fade il s’engage toréant de ¾ face, toutefois dans le terrain choisi par son opposant. La faena est plaisante quoique sans surprise ni émotion avec final de manoletinas. Une entière légèrement en arrière et un peu tombée vient à bout du bicho. Salut au tiers et sifflets à l’arrastre.

Mochuelo (CG), sobrero, collabore à la cape dont il adopte rapidement les plis. Deux piques dans l’épaule. Quite de Morenito de Aranda et réponse allurée de Thomas Dufau. Brindis au public et re-accueil par deux cambiadas, cette fois-ci acceptées mais risquées du fait d’une hésitation au dernier instant. La faena sera essentiellement droitière avec impossibilité de dérouler sur la corne gauche. Le taureau se montre manso et querencioso. Nous n’échapperons pas à deux circulaires inversées, les seules du weekend, elles pèsent sur le public... Belle conclusion par une estocade entière décisive. Une oreille.

Lundi après-midi. 6 Dolorès Aguirre 6 . Fernando Robleño – Xavier Castaño – Alberto Lamelas.

La corrida est bien présentée; elle sortira manso mais avec beaucoup de caste mettant les hommes à l’épreuve. 22 piques dont plusieurs à l’initiative des taureaux.

Fernando Robleño est apparu prudent d’autant plus qu’il a été averti, sans conséquence, par son premier.

Cubatisto s’échappe lors des sollicitations et des mises en suerte. Salut aux banderilles de Angel Otero Beltran depuis le callejon. Le taureau ne cesse pas de chercher l’homme qui se retrouve à terre sans être touché mais arrive difficilement à s’imposer. Après 3 pinchazos et une entière le taureau meurt en brave près des planches. Le torero salue du callejon.

La cape efficace à défaut d’être esthétique contraint les déplacements de Langosto. Il charge avec force par 3 fois dans le cheval provoquant un batocazo, mais en sortant seul. Il se révèle imprévisible aux banderilles, parfois tardo, parfois en coupant les terrains, parfois en interrompant sa charge. Marqué par les effets du premier tiers il exprimera sa caste en se défendant ce qui amène à une faena ennuyeuse conclue d’un metisaca et d’une entière menant à la mort après un avis et 2 descabellos.

Xavier Castaño n’a pas forcé l’allure et expédiera les affaires après avoir fait le métier sans plus, le visage marqué par l'angoisse du moment surtout à son second.

Comadroso , né en décembre 2008,subira 5 assauts au cheval. Aux banderilles salut de David Adalid, Sanchez ne pouvant réaliser son exercice d'approche habituel. Difficile à gauche il passe mieux à droite même si on peut penser qu’il méritait plus que le toreo qui lui a été proposé. Il tombera d’un  tiers d’épée et d’une entière. Applaudissements à l’arrastre.

Désarmé à la cape par Comadroso, né en janvier 2009, le torero parait lui aussi sur la réserve. Le taureau ira 5 fois au contact avec 2 piques de Tito Sandoval posées trop en arrière. La cuadrilla est mise en difficultés aux banderilles qui sont posées une à une. Après des passes de châtiment, doblones et trincheras, le torero décide de mettre un terme à l’affrontement par une entière tombée entraînant une belle bronca. Sifflets et applaudissements font division à l’arrastre.

Alberto Lamelas

Pitillito, remplace Caracorta éliminé à l’apartado, il remate violemment aux planches et s’abime les 2 cornes. Bonne prestation à la cape. 3 piques dont une mise en suerte par le chef de lidia. Le tiers de banderilles est laborieux avec un taureau qui ne part pas ou coupe les terrains. Brindis au public. Le torero fait preuve d’envie ; il réussit à améliorer le taureau sur la corne gauche terminant la faena sur ledit appendice. Il l’abat d’une entière contraire particulièrement engagée. Salut.

Quand Cantinillo entre dans l’arène il manifeste ses envies d’ailleurs près de la porte des cuadrillas qu’il tente de franchir. Il sera impossible de le fixer à la cape. L’épreuve des piques restera dans la mémoire collective avec au moins 5 contacts, Gabin Rehabi devant aller le chercher au centre où il subira un batacazo d’anthologie, le cheval étant roulé plusieurs fois. Alain Bonijol saute en piste et sauve la monture et le picador. Voir ici la photo de Christophe Moratello. La confusion règne avec un président qui interrompt, à tort selon moi, le tiers, le taureau méritait une confrontation supplémentaire. Panique aux banderilles… Alberto Lamelas livrera une bataille méritoire toute sur la corne droite faisant fi du danger. Le public est emporté par l’émotion produite dans le ruedo. Les to-re-ro emplissent les gradins et redoublent après la très grande estocade pliant le bicho qui s’écroule mais luttera jusqu’au descabello libérateur. Une oreille et deux vueltas viendront récompenser le belluaire du jour. Refus du deuxième pavillon par une présidence intransigeante qui subit une très forte bronca et l’assaut des aficionados.

L’enthousiasme se poursuit avec le salut en piste d’Alain Bonijol puis la présentation en main du cheval délesté du caparaçon.

En conclusion, grand écart dans la distribution des trophées et au détriment du héros 2014, ne faut-il pas unifier le palco pour la durée de la féria ?

D Valmary