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Week End Dacquois 1er tercio

Le Week End Taurin dacquois vient de se terminer et je dois dire que pour tous ceux qui comme moi, ont vus l’ensemble de celui-ci, il y a comme un trouble…mais c’est un trouble léger, de bonheur et de fraicheur, que je vais vous narrer en trois temps.

Premier Tercio. Núñez de Cuvillo, Morante, Aguado, Roca Rey.

J’attendais Morante.

Comme à chaque fois, les amoureux transis, bouquet à la main, presque cachés derrière un arbre, attendent celles qui leur fixent rendez-vous, et qui n’arrivent jamais, les laissant là, inassouvis et tristes.

La dernière fois, IL arriva, berline rutilante, lunettes noires, puro en callejon, et ombrelle tenue par un cousin roux comme un incendie dans le massif des Maures, mais aux petits soins. Un Victorino plus loin, on avait goûté aux vingt passes de celles que décrit Tio PEPE dans ses encyclopédies savantes, celles qui s’écrivent au tableau noir des écoles de tauromachie et dans les livres d’histoire.

Aie, ça commence mal, le premier se casse une corne, Morante fait la moue, la fiancée a pris du retard, re Aie, la lance casse, dis, la sorcière aux dents vertes serait-elle entrée dans le ruedo ?J’ai vu Morante plier bagages, rentrer les paniers de roseau, Bâcher le charriot andalou, et partir en Romeria en plein mois d’août pour moins que ça …je t’en fiche, il le veut son baiser, alors doblones, il se croise, montre son envie, demande au cousin de bien vouloir lui visser les talons des zapatillos dans le sol, la tête bovine descend. On pense ce que l’on veut de lui, mais quand Morante, rentre le menton, après avoir déposé la montera classée monument historique du 16 -ème siècle sur le sable doré, il y a quelque chose d’aérien qui se crée, un espace ou le temps se fige, ou les sons s’estompent, où la passe devient l’éther, où le toro devient plume…la magie des pleines lunes, et des contes autour du feu, pleins d’animaux extraordinaires, que l’on dit aux enfants quelque part là-bas en bordure de Marisma.

Peu importe l’épée, le résultat, Morante avait envie, le sorteo ne lui fut pas des plus favorables, mais ils se croisa, et montra son envie.

Ce sont des fulgurances, des coups de pinceau, à l’ancienne qui vous changent un tableau d’un coup de poignet. C’est le refus de la vulgarité, du commun, du quotidien, de l’ à peu près. Je me souviens de ce type qui un jour sauta en piste pour bousculer le Pharaon de Camas, il l’avait fait par dépit, par amour, par frustration. Morante, vous regarde droit dans les yeux, si cela ne lui convient pas, il ne fait pas, ne triche pas, ne ment pas, il ne fait pas, car comment jouer du Mozart avec une troupe d’amateurs ?

Il accepta la vuelta demandée, lui qui la refuse systématiquement sans trophée, et comme pour s’excuser il la fit en trottinant rosissant sous le compliment connaisseur d’aficionados, un peu comme les joues des jeunes filles quand elles prennent les couleurs des couchers de soleil, et le sourire aux lèvres.

…pas encore l’immense Morante mais une leçon de ‘’puesto’’ talon au sable, menton au cou, et tissu de tulle léger flottant au vent, aspirant dans ses volutes la tête bouclée de son adversaire. Sourire attentionné aux lèvres. Donnant aussi le sourire au public attentif, patient et reconnaissant pour ce changement de main, cette demie tombée comme une brise fraiche au soirs d’été brulants, et ces passes reliées comme par un fil invisible qui tisse une toile.

Roca Rey est un mixer, de ces appareils, robots modernes qui absorbent tout ce que l’on veut bien leur fournir, des fruits, des légumes, souples ou durs, des agrumes piquants, des écorces, des pepins et noyaux, il peut se mettre à genoux devant un trente-cinq tonnes lancé à vive allure, et guider un vol de papillons d’une main douce et caressante. Sa manière d’ouvrir le compas, de tracer un cercle, prenez vos cahiers, écrivez : ‘’le périmètre du cercle est égal à PIxR au carré …’’ faites y passer un toro noble, descendez la main, tirez fort par devant et loin derrière, avec onctuosité, tiens je vais te donner la sortie ici, dans mon dos, sous le cœur, concluez par un coup de poing furieux dans la Cruz, enfoncez l’estoc jusqu’au mur de la honte de Pamplona Alta à Lima, et vous obtiendrez deux oreilles…plus une…le peuple aime, l’aficionado se pourlèche les babines séchées par des mois de confinement.

Pablo Aguado qui fit exploser en larmes en d’autres temps d’avant pandémie, Sevilla La Grande, n’arrive toujours pas à séduire la Petite Séville sur l’Adour, il nous laissa sur le bord de l’autoroute, par jour de grande chaleur, sans eau, ni de quoi s’abriter, ingrat ? Fatigué ? a-t-il du mal à assumer sa gloire nouvelle ? Il serait intéressant de l’entendre, car il a eu un excellent tirage en apparence, au moins, puisqu’il ne (sut, voulut, ou pût) choisissez le verbe qui vous plait mettre ses toros en valeur. Pire, les quelques passes qu’il daigna nous proposer étaient d’une pureté absolue, il suffisait juste de se remonter les manches, pousser tout ce qui gênait sur la table, et mitonner un plat étoilé. Il n’en fut rien, on tria quelques lentilles, pour un repas sur le pouce, sans goût, ni saveur.

Le lot de Nunez de Cuvillo, fut bon dans l’ensemble, permettant une course joyeuse et intéressante de bout en bout avec six épées pas une de plus, dont on sent que les toreros ont eu le temps de répéter les gestes, mais qui donnent un gout d’achevé, même si certaines étaient contestables,

C’était un bel après-midi, un apéritif agréable et frais.

Prenez une mesure de boisson anisée, une poignée de glaçons, rajoutez un filet d’eau jusqu’au bord et buvez, c’est frais, agréable et propre à se mettre de bonne humeur.

Demain sera un autre jour.

CHF