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Week End Dacquois 2nd Tercio

MEME LES TROIS.

 

Dans la vie, il y a des moments qu’il ne faut pas rater.

Un premier rendez-vous, un premier baiser, un premier enfant…le permis de conduire, sa première embauche, l’avion qui vous mène à l’autre bout du monde…tout cela et tant d’autres choses, ne peuvent être ratées, et donnent un sentiment de plénitude, de quelque chose d’accompli.

Daniel Luque on le sait est soutenu et plus par l’aficion du Sud-Ouest ou en apparence il donne de son meilleur. Il a de la mémoire Daniel, il sait ce qu’il doit au Sud-Ouest au moment de sa traversée du désert. Quand les contrats ne tombent pas, que le téléphone ne sonne plus.

Les critiques à son égard sont souvent infondées quant aux courses que j’ai vues. Je n’ai pas pour lui les yeux de Chimène, je réservais cela a mon idole absolue Jose Tomas, et en courant alternatif à Morante de la Puebla…pour ne parler que de l’époque actuelle. Mon expérience taurine, mes presque soixante ans de toros, même modestes m’ont appris de longue date, qu’il faut être solide pour durer dans le métier j’attends donc de voir ce que donnera la nouvelle génération.

Daniel Luque n’a peut-être pas le savoir d’un Juli, la ceinture d’un Morante, le courage froid d’un Jose Tomas, on peut le trouver comme on veut, il est une chose que l’on ne peut pas lui enlever, c’est sa constance sur nos terres gasconnes, à Vic, Mont de Marsan, Bayonne ou Dax le garçon triomphe et pas seulement par appétence d’un public qui serait naïf, non connaisseur, ou acquis d’avance à la cause aveuglante.

Non, tout simplement parce qu’il nous donne une partition musicale qui s’élève de plus en plus à chaque passage, pour atteindre un sommet en ce week-end Dacquois.

Mes amis septiques n’ont qu’à bien se tenir, car de façon unanime, moins trois, Dani, comme l’appellent affectueusement ses péons, nous a donné une leçon pleine d’intelligence, de sang-froid, de patience, de calme et de beauté, en développant une tauromachie appliquée mais pas ostentatoire, templee, mais sans obligation brusque pour le toro, et d’une gestuelle d’une suavité grave que l’on trouve parfois dans le regard des jolies femmes des Amériques du Sud.

Un premier toro, regardant ailleurs, ne s’intéressant qu’aux pointe des cimes Pyrénéennes là-bas dans le lointain, baissant la tête comme un arthritique le ferait en se levant de son lit. Luque patiemment, brique après brique monta le mur d’une maison pleine de pièces ajourées ou la lumière danse, de couloirs lumineux à suivre docilement, peu à peu, et l’on comprit la dimension de la faena qui se termina par une oreille très méritée, de la belle ouvrage mais on n’avait vue, que sur la façade du bel édifice.

 Emilio de Justo au cœur battant à l’unisson dans les gradins, fit le boulot, sur ses deux toros, et tua bien, une et une oreille, de jolies passes templees, mais il était loin de l’œuvre magistrale donnée par Luque.

J’ai déjà dit ce que je pensais de Adrien Salenc, lors de la corrida Bayonnaise, la journée confirme malheureusement mes dires, avec beaucoup de volonté mais beaucoup trop électrique, il mesure certainement le travail qu’il y a, à produire pour arriver à un niveau supérieur, dans la technique, la constance, la lidia et la toreria nécessaire. Il montre de belles choses, et si j’étais de son entourage, je ne saurais trop lui conseiller de ne pas écouter les marchands de rêves, de travailler ses gammes encore et encore, ceci modestement, et avec courage.

Revenons à Luque et son second toro, l’adversaire est noble certes, mais il transmet peu, peut être là aussi le moins bien loti du lot.

Luque s’approche, doucement, comme on berce un enfant, il lui raconte, à l’oreille, l’histoire des, La Quinta, le marquis de Vistahermosa, il lui raconte la race Vazquena, les cabrera, les Buendia, les redoutables Pablo Romero, il lui susurre les noms de ses prédécesseurs… comment ce sang bouillonnant caché dans ses veines peut se réveiller, il lui montre le fils de l’éleveur, quelques mètres plus loin qui le fixe, il lui dit la caste, la noblesse, les espoirs de la famille Conradi, le retour au sang Buendia, la sainte Colombe. Daniel lui parle à l’oreille, il lui tend le tissu, viens à moi, fais-moi confiance, il devient mage, gourou, il hypnotise, il devient KAA le serpent du livre de la jungle qui enferme peu à peu, avec lenteur sa proie dans ses anneaux.

Il y a de la magie, là-dedans, de l’envoutement, des mystères de l’orient, du surnaturel.

Le public se tait, l’aficionado savoure, le toro se grandit, lui, hésitant au point que Dani demande l’arrêt de la musique, pour la reprendre quand celui-ci aura repris confiance et chargera au rythme souhaité. Finalement le toro montre toute sa noblesse, et la mémoire de ce qu’il est, et d’où il vient.

Attends, prenons le temps, ici, dans ce cercle ou religieusement les humains te regardent, passes, mets ta tête en confiance, fais-toi un nom. Daniel devient sorcier, il invoque tous les saints des portes de Séville, la macarena lui prête son voile pour envelopper la tête bouclée, il enfonce ses mocassins :’’viens, vas, sois la vague, suis le tempo lent des caravanes qui traversent le désert de sable, sois le ballant du charriot Andalou quand la tour de oro s’illumine des premiers rayons de soleil, sois le fleuve Adour, tranquille et serein qui se love dans les bras de la Dacquoise a l’œil noir’’

Il demande à la musique de reprendre, privilège de présidence, qu’il s’octroie, ça n’est pas grave pour le moment.

Dani s’isole avec son toro, tous les deux ralentissent, douceur, maîtrise, le dialogue continue, la corne frôle le sable, à droite, puis à gauche, en moins d’une heure Luque vient d’inventer deux toros. - - ‘’Caresses le sable, câlines le vent, écoutes les olé des hommes, sois toro, griffes de ton sabot le papier de nos exploits, écris du diamant de ta corne l’histoire qu’emportera le vent aux confins des terres taurines.

Vois, mon ami, vois les debout qui nous acclament, ralentis encore, voilà, suis mon étoffe elle te mène au paradis des braves, à la mémoire éternelle des longs hivers.

Frissons, larmes, l’unisson... Moins trois.

Nous sommes les rois du monde, la clameur est pour toi, pour nous, mon ami, c’est la fin. Résonne dans ma tête la musique lancinante des Doors : ‘’it is the end my friend’’

Parfois la mort est cathartique, elle est libératrice, cette mort-là vaut tous les indultos de ramasse, les toros faciles qui passent sans jamais s’arrêter, naïfs et coopératifs. Ce toro là était un diamant qu’il a fallu mettre a jour.

L’épée est profonde, mortelle, libératrice.

La Jauge est debout, les gradins sont blancs.

En bas, seul, Dani se prend le visage dans les mains, les nerfs, le sentiment épais des choses accomplies.

Il le sait, ce moment est unique, rare, toutes les heures de toreo de salon, toutes les embûches, les souffrances les blessures morales ou physiques, les huées, les déceptions, les échecs, les milliers de kilomètres, les nuits de mauvais sommeil, tout s’efface, un seul cœur à l’unisson bat dans la poitrine de cinq mille personnes, moins trois.

Les lucioles volent, les gens s’enlacent, mon voisin parait hébété, qui pour parier sur ce que nous avons vus ? Quelques larmes, les yeux verts de ma gersoise s’embuent, les miens aussi, mon cœur d’aficionado est gonflé de bonheur éphémère, voici la réponse à des mois de confinements, de questionnements, un merde retentissant aux anti taurins de tous poils, ceux qui ont tagués nos magnifiques arènes, ceux qui détestent le bonheur commun, l’union des cœurs et des âmes, et qui nous veulent tant de mal.

Dans le callejon les péons s’enlacent, même ceux qui sont d’autres cuadrillas, tout le monde est heureux …

L’éleveur s’est signé, c’est l’histoire de toute une saga qui vient de se conter là, il enlace tout ce qui passe à sa portée.

Les jeunes gens, qui composent la commission taurine sont formidablement heureux et enthousiastes. Les présidents s’enlacent, tous ressentent ce sentiment unique de quelque chose de vrai qui vient de se produire.

Deux oreilles, mais combien en ai-je vues données, bradées, à cause du nom ? De quel titre ? ou de je ne sais quel laxisme.

Quel déséquilibre entre les deux, données plus tard à Emilio de Justo, et ces deux oreilles majuscules. Comment les mettre au même niveau, c’est impossible.

Le public réclame la queue, moi aussi, je jette un œil, ça n’est pas majoritaire, c’est unanime…

Tout le monde la réclame, tout le monde… sauf trois.

Peut-on obliger les gens à être heureux ?

Toute la soirée, le lendemain on se demandera quelle mouche les a piqués, certainement la présidente évoquera ses raisons, elle les légitimera même, et peut-être cela seront-t-elle vraies, qui sait ?

C’est une Bronca majuscule, et les sourires s’effacent, un instant, c’est une incompréhension totale, nous n’avons pas vus la même chose…cela ne justifie en rien les agressions verbales, et les saletés balancées sur les réseaux sociaux, mais comment ne pas céder a ce qui vient de se passer.

Finalement ça n’est qu’une péripétie, car c’est l’aficion qui lui a donné cette queue virtuelle, et peu lui chaud ce que pense le Palco, la double vuelta est la réponse donnée par le public en signe de protestation, mais surtout pour honorer Dany et lui dire combien nous l’avons aimé lors de ces quelques minutes de bonheur intense partagé

Dans le Carmina Burana, seul le premier mouvement est connu, il sonne à l’oreille, il entre dans le cerveau, le marque d’une empreinte indélébile, tout le reste part aux oubliettes, cela sera la même chose, pour la course du lendemain, celle de la veille, nous nous rappellerons cette faena, ce carmina Burana qui monte crescendo jusqu’au paroxysme, très longtemps.

Il marquera la participation de ce week-end le travail accompli par la nouvelle équipe et tous ceux qui étaient présents, se souviendront de Morante, de Roca Rey, d’Emilio et au-dessus de tout cela : Daniel Luque

 Les trophées donnés, de ceux refusés et d’une immense bronca …d’un bonheur majuscule et d’une communion totale, tous se souviendront…

Même les  trois.

CHF